Vendredi 18 décembre 2009
5
18
/12
/Déc
/2009
18:20
Publié dans : LIVRES / CULTURE
Roman de Pierre JOURDES (2004).
Editions "L'Esprit des Péninsules".
Logres. Petite ville grise, inquiétante, étrangement familière. Gilles
Saurat, professeur débutant, vient y prendre son premier poste. Le voilà livré au monstre de l'Education nationale, qui dispense à une génération de jeunes gens indolents un enseignement perverti
par des méthodes pédagogiques aberrantes. Sur place, Gilles trouve à se loger chez une veuve complaisante qui l'introduit dans une bourgeoisie locale oisive s'adonnant à d'étranges cérémonies
érotiques. C'est alors que la banale histoire d'un enseignant d'aujourd'hui devient un véritable voyage en enfer...
Critique :
C'est le premier écrit de Pierre Jourdes que je lis. J'avoue avoir été séduit à la fois par la couverture (détail d'une peinture de Léon Spilliaert, qui reflête d'ailleurs très bien
le contenu) et intrigué par le résumé. Une ville terne de province, un jeune professeur de collège un peu paumé, des notables aux moeurs dissolues et une maison bourgeoise aux recoins ténébreux,
voilà quelques uns des ingédients qui font de ce roman une réussite.
"Ton ironie, je ne la supporte plus ; elle dessèche tout : voilà ce que tu disais. On ne peut plus croire en rien. Pourquoi faut-il tout soupçonner, toujours,
instiller le soupçon, la saleté, l'abjection. Parce que c'est comme ça, parce que tu penses. La loi de la pensée, c'est de détruire."
Jourdes y développe des thèmes comme l'effondrement du système scolaire français,
l'extrémisme politique, le sado-masochisme ou bien encore la violence dans la société. Un livre très rude, ancré dans le réel, mais baignant dans une atmosphère fantasmagorique. Car la vraie
qualité du roman réside dans le style de l'auteur. Sous sa plume, tout devient sombre, inquiétant, presque malsain. On pense à Kafka, à Poe. Tout au long du récit les repères s'estompent, relayé
en cela par l'emploi du tutoiement pour la narration. Bref une satire nappée de fantastique très réussie.
"Laisse-le venir, ce moment, tout englué d'irréel, d'entre les deux bords de
tes deux sommeils, de part et d'autre de cette nuit. Déplie-le comme une image froissé. Tu n'as pas rêvé, même si cela a eu la pregnance et l'intensité du rêve."
Note :
17/20
0