Adulé, détesté, considéré comme l'un des plus grands photographes du siècle ou comme un "artiste dégénéré", Joël-Peter Witkin ne laisse personne indifférent.


Omniprésente dans l'oeuvre de Witkin, la mort est entrée dans sa vie à un âge fort précoce. A six ans il assiste avec sa mère et son frère à un carambolage. De l'ombre d'un des véhicules retournés a roulé vers lui ce qu'il a pris pour un ballon, en fait la tête d'une petite fille. "Cette expérience m'a fait tombé amoureux. Non seulement d'elle, mais de la vie en général. Plus tard, lorsque j'ai pour la première fois tenu en main un appareil photo, c'était comme si je tenais la tête de cette petite fille."


Baignant dans un climat très strict, le jeune Witkin est tiraillé entre les religions divergentes de ses parents, de son père juif et de sa mère catholique, qui les conduiront au divorce. Pourtant, Witkin demeure très religieux, alors même que ses photographies le désignent comme blasphémateur. Oeuvre de foi, purification cathartique, l'oeuvre de Witkin abonde de références religieuses et d'emprunts détournés à l'iconographie chrétienne classique.


Même s'il avoue admirer August Sanders, Diane Arbus, Brassaï et Weegee, c'est dans la peinture classique qu'il faut chercher les racines de l'oeuvre de Witkin. Chez Bosh, chez Goya, chez Rambrandt également.


L'image selon Witkin est toujours très construite, mise en scène avec précision. L'improvisation n'y tient aucune place, et trucages et montages sont notablement absents de son oeuvre. L'installation est parfois longue et pénible, presque initiatique. Très travaillée en amont, la prise de vue est relativement simple. C'est plus tard que s'effectue l'essentiel du travail. Witkin gratte les négatifs avec des rasoirs, les impriment sur des papiers tissus, les maculent avec des piments, du café, du thé, les traitent à la cire d'abeille et les réchauffent, le tout peut prendre une semaine d'essais.


Les sujets de Witkin sont sans doute encore plus célèbres que l'aspect particulier de ses photos. Cruels et provocateurs, les thèmes de Witkin recoupent nombres de perversions, sans jamais sombrer dans la pornographie. Monstres de foires, femmes obèses, hermaphrodites ou transsexuels, les modèles de Witkin affichent sur ses clichés des anomalies que les gens "ordinaires" souhaiteraient ne pas voir. "La plupart des gens ne comprennent pas mes photographies pour la simple et bonne raison qu'ils placent des filtres devant leur esprit. Mon travail est à la fois repoussant et attirant. Pour moi, toute la vie, tout l'art ne sont constitués que de luttes, directes ou indirectes, contre la souffrance. C'est par son travail qu'un artiste peut changer la souffrance en une nouvelle naissance du sublime et ainsi progresser sur sa propre voie."


Witkin, le poète sombre de la photographie, comme il se définit lui-même, ne se montre plus qu'à de très rares occasions, son travail se limite maintenant à une dizaine de photographies sur l'année. Après de nombreux déboires et d'abondantes contestations, ses œuvres sont maintenant exposées dans les plus grandes villes du monde, sa technique est enseignée dans toutes les institutions d'art.


 
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